Une mauvaise socialisation du chien
L'activité d'éleveur n'est pas une activité qui supporte l'approximation. Produire une portée ne consiste pas à choisir des géniteurs au hasard (« tiens, je ferais bien saillir ma femelle par le mâle du voisin ») mais bien à faire un véritable travail de sélection afin de produire des chiens conformes au standard et d'une excellente stabilité.
Certains sont parfois tentés de se lancer dans « l'élevage » pour des motifs mercantiles et se soucient fort peu du devenir des chiens et de la race. Cette situation n'est pas acceptable.
En outre, dans les huit premières semaines de sa vie (temps qu'il passe chez l'éleveur, auprès de sa mère et de ses frères et s½urs) le chiot est dans une phase vitale dite de « socialisation ». C'est là qu'il est censé découvrir la vie et tous les stimuli de ce monde extérieur si nouveau, qu'il forge son « caractère ». Élever des chiens dans une cave ou au fond d'une grange, c'est le priver de cette découverte et, de fait, vendre un chien non socialisé, ne disposant pas de l'équilibre normalement acquis à cet âge. Un chien mal socialisé peut développer des troubles comportementaux qu'un maître, qui plus est éduquant mal son chien, aura du mal à corriger.
Quelques développements apportés par Françoise BIVEL :
Le manque de socialisation avant deux mois, ainsi que dans son jeune âge, sont préjudiciables à l'avenir du chiot et sont un facteur de risque de morsures.
Ce point est très important lors de votre recherche de chiot, ne pensez pas que votre amour et votre aide peuvent remplacer ce qui n'a pas été vécu au bon âge. Votre chien souffrira moralement pendant sa vie quoi que vous fassiez, et il présentera un risque pour son entourage.
Un chiot doit passer deux mois avec sa mère (des chiots ne doivent pas vivre entre chiots et sans adulte), mais aussi au contact d'être humains variés, c'est ce qu'on appelle la "période de socialisation" (voir à ce sujet la rubrique "pour bien comprendre"). Les manques avant deux mois sont irréversibles. Un chiot doit avoir reçu suffisamment de stimuli d'un monde extérieur varié et le préparant à son futur cadre de vie
Un manque de socialisation entraîne une extrême sensibilité à l'environnement et de la peur, source de réactions de défense. Il est donc très important d'acquérir un chiot déjà non peureux et habitué à entrer dans une maison, accoutumé à ses bruits tels que la télévision et l'aspirateur.
Que ce soit par ignorance et manque d'expérience, ou par impossibilité dans un grand élevage, la personne qui élève des chiots porte une grande responsabilité. Il y a encore bien trop de chiots peureux, et bien trop de personnes qui croient normal d'acquérir un chiot peureux parce qu'il doit soit disant d'habituer.
Quand vous avez acquis un chiot bien élevé, il est de votre responsabilité de continuer ce travail en l'élargissant progressivement, de façon à habituer votre chiot à des environnements variés, sinon il risque de se désocialiser. Attention à ne pas en faire trop d'un coup non plus, il faut d'abord faire le point de ce que connaît le chiot. Si vous habitez la campagne, vous devez emmener votre chiot en ville par exemple. Si vous n'avez pas d'enfants, vous devez néanmoins l'y habituer.
Cette prévention est le seul moyen d'avoir un chien capable de vivre sans un stress excessif. C'est à la fois une prévention en faveur de l'être humain, mais aussi une question de protection animale.
Un chien qui a peur peut paniquer et ne se contrôle plus, submergé par ses émotions, même son maître peut ne plus être entendu. Le chien est comme dans un autre monde, il est comme absent.
Certaines situations, vécues comme normales et ordinaires par certains chiens ne peuvent pas être supportées par d'autres, qui vont se sentir agressés alors qu'ils ne le sont pas. Un chien peureux par manque de socialisation va développer une sorte de paranoïa, il va se sentir agressé alors qu'on ne lui veut aucun mal, et rien ne pourra lui faire comprendre le contraire.
Si vous voulez élever une portée, même une seule, adressez-vous à un professionnel du comportement pour vous faire aider, car cela demande des connaissances précises.
Texte du collectif contre la catégorisation des chiens.
Photo de Mondomino